Hatem Ben Arfa a été retenu par Raymond Domenech pour remplacer Louis Saha. La veille, en Espoirs, l'intéressé assurait que viser la grande équipe de France était prématuré. Immense talent du football français, Ben Arfa semble condamné à décoller, la saison de ses vingt ans.
«Je sens que ça va ne faire que monter»
Mardi, Clairefontaine. L'équipe de France Espoirs débute son rassemblement, en même temps que son homologue A. Hatem Ben Arfa sort de table. Il s'entretient avec quelques journalistes de son début de saison prometteur. « J'ai envie d'exploser » reconnaît le prodige formé sur les terrains de l'INF et qui, 48 heures plus tôt, a encore créé des différences fantastiques avec Lyon contre Bordeaux (3-1). Celui que Gérard Houllier avait condamné au banc, quelques semaines, pour des retards sans rapport avec sa conception du professionnalisme, confie avoir « taffé, taffé, taffé » pour se donner le volume et l'attitude d'un professionnel endurci. Comme son copain Karim Benzema, régulièrement retenu par Raymond Domenech depuis six mois. « Ce qui lui arrive est mérité, il a travaillé pour arriver là-bas» témoigne alors le jeune homme, d'humeur délicieuse. Puis la question s'impose d'elle-même. « Et pour vous, les A ? ». « Ce n'est vraiment pas d'actualité. Je dois d'abord m'imposer à Lyon » L'actualité finira par le rattraper le lendemain. Privé de Louis Saha, le sélectionneur des A convoque le jeune Ben Arfa pour la première fois de sa carrière. Plutôt que Trezeguet, Cissé ou Wiltord. Domenech se reporte en fait sur un joueur de vingt ans pas encore titulaire en Ligue 1. Il n'a derrière lui que 39 apparitions dans l'élite, la plupart comme joker de fin de rencontre. Mais il a ce talent pur qui peut faire les très grands joueurs : Ben Arfa était comparé à Ronaldinho et Maradona alors qu'il avait à peine signé son premier contrat pro.
Hatem Ben Arfa n'est pas totalement un novice au niveau international. Il a huit apparitions en Ligue des champions derrière lui. Il était du quart de finale hyper tendu à Eindhoven en 2005 (1-1, 2-4 t.a.b.) et avait marqué son tir au but, après s'être auto-désigné, 18 ans à peine sonnés. Mais, comme un raccourci d'un potentiel qui pourrait briller autant que se griller, il avait offert quelques semaines plus tard, en finale de la Coupe Gambardella contre Toulouse (2-6), le spectacle pénible d'un joueur de cirque : obnubilé par le dribble, aveugle à ses partenaires, transformant de sa seule initiative le foot en un mauvais sport individuel. « Il y a eu une prise de conscience dans mon jeu, témoigne, deux ans après, celui qui a peut-être déjà perdu du temps. Déjà dans le jeu sans ballon. Je sais qu'il est très important de bien se positionner par rapport aux partenaires, à l'adversaire... Je sais aussi qu'il faut attaquer et défendre. J'ai gagné en maturité. J'ai envie de jouer. A moi d'être régulier. Je sens que ça ne va faire que monter ». L'évolution s'est faite en douceur, selon lui, sans crise de confiance à l'OL. « Il n'y a pas eu spécialement de déclic. J'ai juste évolué. J'ai essayé de regarder ce qui n'allait pas. Quand il y a des critiques ou des éloges, j'essaie de ne pas m'enflammer, ni de déprimer. Je n'ai pas douté. Mais je me suis analysé, je suis sorti de moi-même ».
«Un génie» (Bergeroo)
A son arrivée à Lyon, Alain Perrin avait pris part de façon ambigue au débat sur la capacité de Ben Arfa au plus haut niveau. « Il a la qualité » pour succéder à Florent Malouda, avait-il dit d'emblée avant de faire de Sidney Govou son homme de couloir gauche. En un match, contre Metz (5-1), à un poste de deuxième attaquant, le natif de Clamart a éveillé un intérêt immédiat pour un registre axial. Benzema et Ben Arfa doivent-ils former le duo d'attaque de Lyon ? Notre site en avait fait son débat de la semaine, et la vox populi avait globalement répondu oui, malgré l'inexpérience. Paré en joueurs de couloir, avec Malouda et Rothen, mais aussi Ribéry et Govou, Raymond Domenech a envoyé un message en retenant Ben Arfa comme quatrième attaquant. « Mon meilleur poste, c'est deuxième attaquant, derrière la pointe, estime l'intéressé. Mais je peux jouer à droite ou à gauche. Jouer là m'a permis de progresser mentalement et de prendre du volume. Et quand je joue à gauche, je rentre dans l'axe, je peux faire des centres ou déborder, j'essaie de varier, de surprendre ». Une nouvelle étape de sa carrière débute désormais. C'est toujours un peu solennel même si elle était programmée. Ben Arfa, mardi, se disait imperméable à la pression. «Quand j'entends parler de pression, pfff... Moi je parle de plaisir. C'est du sport professionnel, mais il faut garder le plaisir». Selon son ancien entraîneur avec les moins de 17 ans, Philippe Bergeroo, il est «le joueur le plus doué techniquement de sa génération», comme il l'a confié un jour à France Football, « au-dessus de tous les autres, un peu perso, mais quand même un génie, un mec capable de décanter une situation à n'importe quel moment ». (L'equipe)
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